La magie d’une Murder Party

Publié sur

Prenez un thème fédérateur. Jetez-y un fort désir de travailler ensemble, un soupçon de folie, quelques hectolitres d’enthousiasme, une brochette de passionnés, un nuage de magie… Et vous obtiendrez ma dernière Murder Party pour la Médiathèque de Hendaye.

Aux origines de la magie

Je fais peu de salons et autres séances de dédicaces. Il y a un paquet de raisons à cela, je les détaillerai sûrement dans un prochain article. Mais disons, pour faire court, que cela m’épuise. Je fais partie de ces personnes qui se déchargent LITTÉRALEMENT au milieu de la foule et du bruit, des sur-stimulations, de l’excès de sociabilisation. J’ai besoin de plusieurs jours pour m’en remettre et je peux vous assurer que ce n’est pas joli à voir. Je sais que ça peut sembler curieux, que certains me répondront qu’ils adoreraient être à ma place (d’ailleurs nombre d’auteurs adorent ça), que ce sont des problèmes de riches.

Ce à quoi je répondrai que ce n’est pas si simple. Qu’il existe deux camps, celui des introvertis et celui des extravertis ( d’ailleurs, si ce sujet vous intéresse, dites-le moi en commentaire). J’appartiens au premier. Le comprendre et l’accepter m’épargne un inconfort, des souffrances qui sont bien réelles.

Tout ça pour vous dire que j’ai dû trouver d’autres moyens d’aller à la rencontre de mes lecteurs. J’ai eu l’idée de proposer aux librairies et médiathèques d’organiser des « Murder Parties ». Le concept est simple : je créé une Murder Party et pendant deux heures des joueurs déchaînés tentent de résoudre mes énigmes.

Alors oui, c’est intense et ça me rince aussi. Mais la durée est plus courte et j’ai la satisfaction d’avoir distribué de la joie autour de moi. D’avoir fait un pas vers mes lecteurs sans souscrire au culte de l’ego.

Sous le charme d’une première Murder Party

En 2018, la médiathèque de Hendaye m’avait déjà proposé de venir animer une Murder Party. Bien que les quelques neuf heures de train depuis Paris (A/R) soient peu engageantes, j’avais perçu un tel enthousiasme que j’ai dit oui immédiatement. Et j’ai été bien inspirée.

À Hendaye, j’ai rencontré des personnes accueillantes, chaleureuses, humbles, joueuses. Je dois dire qu’on s’est amusés comme des petits fous et que personne n’a vu à quel point tout le monde avait le trac. Les joueurs se sont pris au jeu et je peux vous assurer que la compétition a été aussi rude que l’esprit bon enfant. Nous nous sommes promis de recommencer et c’est comme ça que je me suis retrouvée à Hendaye le 7 février dernier, pour la Murder party spéciale “école de magie.

Quelle joie de découvrir que la médiathèque affichait complet !

Murder Party Harry Potter
Et en basque, s’il vous plaît !

Les deux choses les plus difficiles à anticiper quand on crée une Murder party sont :

  • Le niveau de difficulté du jeu. Il ne faut ni sous-estimer les joueurs sous peine qu’ils s’ennuient. Ni les surestimer, sinon ils se découragent.
  • Le temps. Il faut tenir compte du démarrage, forcément un peu lent, comme des accélérations, des stagnations… Un bon timing passe par une bonne structuration du jeu, par l’anticipation des mouvements, par le rythme qu’insuffle le maître du jeu (il peut accélérer les choses ou les ralentir en fonction de la rapidité des joueurs).

Mystery Harry

Mais comment prépare-t-on une Mystery Party (j’utilise le terme « mystery » quand l’événement est familial et inclut les enfants) ?

Tout d’abord, je me suis plongée dans l’univers que je souhaitais développer pour en comprendre la « grammaire », le jargon, les codes, les symboles. Ici, j’ai travaillé sur un concept d’école de magie peuplée de professeurs loufoques, et à qui les joueurs devaient tirer les vers du nez pour sauver le monde.

Pour créer les personnages, j’ai pioché dans le folklore « pop culture » en invoquant :

  • Les sœurs « Verywell » (Précaution – Perfection – Parcimonie)
  • Un dragon
  • Une fée du développement personnel nommée « Hella Koupéplène »
  • Une chouette à l’accent basque
  • Un paquet d’autres personnages plus fantasques les uns que les autres.
MURDER PARTY - HARRY POTTER - HENDAYE
Oui, j’avoue, j’aimais bien Charmed à l’époque…

Pour chaque personnage, j’ai créé une fiche de rôle avec leur motivations, leurs relations secrètes, leur alibi, quelques mensonges et une pincée d’actes manqués.

L’intrigue a pris forme. J’ai imaginé des fausses pistes. Je me suis lancée dans la fabrication des indices. Puis j’ai concocté des énigmes plus ou moins faciles afin que petits et grands collaborent à leur résolution.

Il n’y avait plus qu’à préparer les salles !

La grande classe

Quand j’ai débarqué dans la médiathèque de Hendaye, j’en ai pris plein les yeux. Pour la semaine spéciale Harry Potter, c’est toute la médiathèque qui a été décorée, jusque dans les toilettes ! Toute l’équipe a abattu un travail formidable, comme vous pouvez le voir sur les photos.

Nous avons dispatché les professeurs, les indices et les énigmes sur les trois étages.

Place à l’action !

Il est 18h30 et des poussières (de fée), nous sommes prêts à accueillir les participants. Après avoir traversé le quai 8 3/4 à destination de « Plutard » les joueurs pénètrent dans un bâtiment à l’ambiance feutrée, au milieu de dizaines de bougies électriques. Une petite saynète d’introduction pour finir de les mettre dans l’ambiance, j’annonce les règles du jeu et c’est parti !

Les joueurs cherchent, interrogent, s’énervent, doutent de leur capacité à résoudre cette affaire, ils pleurent, se roulent par terre (non là j’exagère)…

Et soudain, ils commencent à comprendre la logique du jeu. J’adore observer ce moment où, surexcités, ils se mettent à courir partout, à se tirer la bourre, à essayer de me faire parler pour que je leur confirme qu’ils ont raison… J’adore ce moment parce que c’est celui où ils s’oublient. Où même les plus âgés redeviennent des gosses surexcités, où il n’y a plus de problème de boulot, d’impôts… Où un plaisir simple vient mettre une grande claque à la morosité de l’époque.

Le chrono défile,  les participants jouent la montre. J’accentue la pression tout en m’assurant qu’ils sont sur la bonne voie.

Arrive enfin le dénouement. Tout le monde se réunit, joueurs, personnages… les yeux brillent et les sourires s’étirent sur des visages surchauffés.

Et je dois dire que j’ai été impressionnée par la perspicacité des Hendayais sur ce coup-là, car ce n’était pas facile !

Faire un sort à la Murder Party

Les méchants démasqués, le monde sauvé, c’est le moment de se détendre, de discuter ensemble. Quelques esprits taquins essaient de trouver une faille dans le scénario, certains se vantent d’avoir tout compris dès le début ou presque. D’autres se demandent encore ce qu’ils ont raté et me promettent de me battre à mon propre jeu la prochaine fois.

Murder Party Harry Potter - Médiathèque de Hendaye
Vous les sentez, les bonnes ondes ?

Sachez, chers joueurs, que je vous attends de pied ferme et qu’il me reste un paquet de tours dans mon sac… D’ailleurs, il y a de grandes chances que je revienne bientôt à Hendaye pour vous mettre les nerfs en pelote basque (je sors).

Quant à vous qui me lisez, si cet article vous a donné envie de participer à cette Murder Party ou à une autre, n’hésitez pas à harceler votre libraire, votre médiathécaire pour qu’il me contacte !

Et d’ici là…  écrivez bien !

Vous avez aimé cet article ?

Épinglez-le sur Pinterest

La magie d’une Murder Party

Laisser un commentaire

1 Commentaire
  • Virginie
    février 16, 2020

    Ça donne vraiment envie vos Murder Party. C’est un vrai travail d’orfèvre que vous mettez en place, ou plutôt devrais-je dire un vrai scénario digne d’un escape game. Quand on voit que chaque personnage est détaillé au possible, les énigmes savamment recherchées, tout est millimétré. Ça donne très envie d’y participer, bon faut que je fasse un appel du pied à notre médiathèque.Je suis vraiment une petite joueuse avec mes chasses au trésor pour fêter Pâques en famille  Pour en revenir au salon, effectivement ça serait bien un petit article. Je peux aisément comprendre que cela doit être épuisant pour l’auteur. J’ai fait quelques salons il y’a quelques années et au final j’en suis revenue frustrée. On espère pouvoir rencontrer la personne qui se trouve derrière un nom, un livre. Lui poser des questions, comprendre, comment il ou elle en vient à écrire cela, mais on se rencontre que c’est impossible. J’étais venue chercher l’humain moi, pas me retrouver perdue au milieu de tout ce monde. Et si des questions j’en avais, au moment où est venue mon tour; plus rien ne sortait. Ce sentiment de dédicaces à la chaîne, cette peur de ne pas oser, où se dire que finalement l’auteur.e n’a pas envie. Voir les petites mains derrière, préparer les livres, encaisser…. Sans être timide plus que ça, je crois que j’ai passé l’âge.Alors je peux comprendre qu’un.e auteur.e ne se sent pas à l’aise non plus et même si c’est pour faire la promo de son livre, se retrouver en face de tous ces lecteurs à l’affût du moindre petit mot qui au final ne veut rien dire, c’est formaté.A cela je préfère les rencontres en vrai en petit comité que certains auteurs s’autorisent, ou certains auteurs qui se permettent au début de répondre aux mails, c’est bien avant qu’ils soient devenus des ‘stars’. Ils ont le temps, il n’y a pas cette pression, et la lectrice que je suis peut se permettre d’oser poser des questions, de voir ce qu’il y’a derrière le livre. Sans entrer dans l’intimité, enfin ce n’est pas mon souhait. Mais je trouve qu’échanger, partager des petits morceaux d’univers nous mène dans une autre dimension une fois le livre ouvert. Ça fait très Star trek mon truc, la fan de SF est ressortie  En tout cas merci de nous offrir cette opportunité là à nous, un espace d’échange, où vous nous permettez d’en savoir plus, de connaître ce qui vous fait vibrer, ou pas. Pour quelqu’un d’introverti je trouve que vous vous débrouillez vachement bien. Je salut aussi tout le travail que vous fournissez pour faire vivre ce blog, car on ne se rend pas toujours compte de la masse de travail que ça représente!

Précédent
Amour fou
La magie d’une Murder Party