Chroniques d’un confinement “Manu J+3”

Manu rêve de prendre son indépendance. Normal, à son âge. Au troisième jour du confinement, elle décide de passer outre les restrictions de circulation et de partir à l’aventure. Voici son histoire.

« J’étouffe, avec cette histoire de confinement. J’étouffais déjà avant, pour être honnête.

Toutes ces injonctions, à longueur de journée…

« —  Fais-ci, fais-pas ça. Lève-toi de bonne heure, le petit-déjeuner c’est important. Bouge-toi, c’est bon à la santé. Récite-moi ce poème. Tiens-toi bien. Mieux. Souris. Ne sois pas négligée. Surtout, pas un mot plus haut que l’autre. Rentre dans le moule, il serait temps à ton âge»

Ah ! Toutes ces conneries, je n’en peux plus !

Alors, oui, bien sûr, ce n’est pas comme si j’étais chez moi. Je ne touche pas de salaire, je dois me plier aux règles. Je sais que de toute façon, ce sera comme ça jusqu’à la fin de ma vie. C’est pareil pour tout le monde : nous ne sommes rien d’autre que des saloperies de hamsters qui courent dans des roues avec l’illusion de pouvoir quitter leur cage. Mais ce n’est qu’un leurre.

Moi, je rêve m’enfuir loin, sur une île paradisiaque.

Et claquer toutes mes économies, prendre des coups de soleil, boire des piña colada avant d’aller me jeter complètement torchée dans une mer turquoise. Tant pis si je meurs d’hydrocution ou bouffée par un requin. Au moins j’aurais vécu un absolu moment de liberté.
Bien sûr, ce ne sont que de doux rêves, bien loin de ma réalité. Le confinement mis en place depuis mardi n’arrange rien à mon affaire. Je ne peux pas sortir faire un tour. Je m’ennuie.

J’ai demandé à utiliser l’imprimante pour remplir la fameuse attestation, le sésame qui me fait de l’œil, mais il paraît que le jardin est amplement suffisant pour que je me dégourdisse les jambes… Ben voyons. Ça les arrange de me garder à leur portée, c’est tout.

Hier soir, j’ai attendu que tout le monde dorme pour ouvrir la fenêtre. J’ai regardé les étoiles, j’ai entendu les chouettes et plein d’autres animaux nocturnes, des pipistrelles volaient dans la douceur de la nuit. J’ai compris que ce 19 mars serait une belle journée ensoleillée, la première depuis des mois. J’ai su que je ne pourrais pas y résister.

J’ai décidé de faire le mur.

Après le déjeuner, j’ai annoncé que je voulais lire un peu, j’ai bâillé pour qu’ils imaginent que j’allais piquer du nez sur mon livre. Ainsi il ne leur viendrait pas à l’idée de taper à ma porte pour m’inviter à une partie de bridge ou de Scrabble. Je hais ces jeux de vieux.

Je suis partie sans prendre de veste, ce n’est évidemment pas très raisonnable en cette saison, mais je n’en ai que faire. J’ai le sentiment de revivre au contact de la brise, du soleil qui caresse ma peau, de tous ces parfums de terre et de fleurs que les pots d’échappement masquent en temps normal.
La ville semble calée sur un rythme doux, plus naturel que la frénésie habituelle, plus humain. Les rares personnes que je croise parlent moins fort, me regardent dans les yeux, me sourient. Ils ne remettent pas en question ma présence dans la rue, ne m’infantilisent pas. Ils me voient comme une adulte responsable.

Je me sens grisée.

C’est comme si cette parenthèse me donnait tous les droits, m’autorisait à toutes les fantaisies. C’est fou d’éprouver de telles émotions.
Nous passons notre temps à nous agiter, à occuper l’espace, remplir les vides, briser les silences.
Nous passons notre temps à passer à côté de notre vie.
Et nous ne nous en apercevons que trop tard.

Je m’arrête un instant, à hauteur d’un petit parc que j’affectionne particulièrement. Je ferme les yeux, me connecte à mon corps.
Ce n’est pas facile pour une femme d’habiter son corps en harmonie, d’être en paix avec lui, de le considérer comme un simple véhicule.
Simple et magnifiquement complexe.
Je remercie mes pieds, mes jambes de m’avoir portée jusque là.
Merci à mon cœur de battre, à mon cerveau de fonctionner correctement, à mes membres de m’obéir.
Je pardonne à ma gourmandise d’avoir alourdi ma silhouette.
Je suis forte, je suis belle. Je suis là, solidement campée sur le sol et je suis libre d’aller où je veux. De partir à l’aventure, même sans un sou en poche. De ne jamais revenir ici.
Mon corps est mon véhicule.
Mon esprit ne connaît aucune limite.
Sur les grilles du jardin, un arrêté fait état de la fermeture des lieux. Je balaye la rue du regard et aperçois quelques trottinettes garées à une dizaine de mètres de là. Pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

En quelques minutes, je télécharge l’application.

Mais quelle idée j’ai eue ? Suis-je devenue complètement folle ? Mon équilibre est déjà fort précaire, et moi je ne trouve rien de mieux à faire que grimper sur un engin que je n’ai jamais pratiqué ! Il ne manquerait plus que je me casse le col du fémur.
Je pose un pied sur l’appareil, avec mille précautions. J’actionne la trottinette et… aaaah !
Stop !
J’ai bien failli tomber. Mon cœur bat la chamade. Mais quelle grande godiche ! Je ris toute seule et remonte sur la machine, fermement décidée à la dompter.

Après quelques essais, je parviens à rouler droit. J’adore ! Maintenant, je veux sentir le vent dans mes cheveux. J’arrache le peigne qui les plaque sur mon crâne et pose un pied sur mon drôle de destrier quand un policier surgit devant moi.
— Bonjour, madame. Vous avez votre attestation ?
— Ma… quoi ? balbutié-je en rougissant.
— Votre attestation de sortie, répète-t-il en me tendant la main.
Hélas, je n’ai rien à lui donner. Je tente la technique de la vieille gâteuse. Sur un malentendu, ça peut marcher, comme dirait l’autre.
— Ah bon ? Il faut une attestation de sortie ?
— Oui, madame, à cause du confinement.
— Ah bon ? Il y a un confinement ? C’est pour ça qu’il n’y a personne dans les rues ?
Si je pouvais, je m’attribuerais le César de la meilleure actrice. Pourtant le policier, un beau jeune homme d’une quarantaine d’années, ne semble pas avaler mes couleuvres.
— Vos papiers, madame.
Je m’offusque.
— Quoi ? Mais pour quoi faire ? Je ne suis pas une criminelle.
— Je vais devoir vous distribuer une amende pour non-respect des mesures de confinement. Cela fera 135 euros. 375 avec majoration.
— Mais je ne les ai pas !
— Quoi ? Les papiers ou les 135 euros ?
— Les deux ! décrété-je avec aplomb.
— Ouvrez votre sac, madame.
Ah le coquin, il ne perd pas le nord ! Je m’entête.
— Non.
— Madame, ne faites pas l’enfant. Donnez-moi vos papiers.

Et là, je ne sais pas ce qui me prend.

Je redémarre la trottinette et avant même que mon petit policier ne comprenne ce que je fais, j’ai déjà déguerpi. J’ignore à combien roule l’appareil, je me doute bien que si on appelle ça « mobilité douce » ce n’est pas pour ses performances de formule 1, mais je suis bien décidée à pousser le moteur au maximum pour semer mon poursuivant. Je l’entends courir derrière moi, m’ordonner de m’arrêter, mais je m’en fiche. Je m’en fiche tellement !
La brise s’engouffre dans ma tignasse en pagaille, je slalome entre les passants médusés, crie aux quelques enfants qui trainent ici de s’écarter. Je fends la bise aussi sûrement que sur une moto ou un trente-huit tonnes.
— Madame, arrêtez-vous ! hurle le policier.

Pour toute réponse, enhardie par la vitesse, je lâche le guidon d’une main, me concentre sur mon équilibre, ma trajectoire, et lève le bras pour lui faire un doigt d’honneur. Ah ! Ah ! Ah ! Que j’aime être une vieille femme indigne ! En cet instant, je dis merde à ma maison de retraite, merde à l’image d’Épinal de la mamie gâteau, merde aux convenances ! Je suis libre comme je ne l’avais plus été depuis des années ! Je ne suis plus horriblement seule, je suis indépendante. Je ne suis plus ralentie, je dévale les trottoirs telles des pistes de ski. Je ne suis plus une petite vieille.

Je suis Manu, une femme libre.

Aux anges, je souris.
Ce n’est pas un sourire que m’aura arraché un comique passant à la télévision.
Ce n’est pas un sourire nostalgique à l’évocation d’une période révolue.
C’est un sourire spontané, collant à l’humeur du moment, la preuve que je suis encore vivante. Je souris parce que je kiffe grave, comme disent les jeunes. Et aussi parce que j’imagine le tableau incongru que j’offre aux passants. Celui d’une vieille folle échevelée, poussant à fond une trottinette électrique, sa robe à fleurs virevoltant autour de ses bas de contention ! Avec un peu de chance, je traumatiserai quelques gamins ! Ou mieux, je graverai dans leur cerveau qu’il est possible d’être libre à tout âge… Oui, j’aimerais bien cela.

Soudain, deux bras m’enserrent.

Le policier m’a rattrapée. Il me plaque contre son torse, la trottinette file devant moi et s’encastre dans un mur.
— Ça suffit, les conneries, maintenant, lâche l’homme en soufflant.

Ah ! Je l’ai fait courir le bougre, mais je n’en ai pas fini avec lui. Je me débats comme un beau diable, hurlant, crachant, mordant quand cela est possible tout en priant pour que la colle de mon dentier tienne le coup.
— Laissez-moi ! Laissez-moi ! Vous n’avez pas honte de vous en prendre à une vieille femme sénile ?
— Sénile ? à d’autres !
— Au secours ! Au secours ! C’est de l’abus policier !

Une deuxième policière vient à la rescousse. Ils parviennent à me maîtriser et me font monter à l’arrière de leur voiture.
— Vous m’embarquez au poste ? demandé-je, une pointe d’excitation dans la voix.
Il faut dire que c’est plus drôle que les arrestations dans Derrick.
— Sérieusement, vous n’avez pas honte… à votre âge ? me sermonne le policier.
Je t’en ficherais des mon âge ! Je ne le trouve plus charmant du tout, cet homme. Je hausse les épaules et réponds à sa collègue, dans l’espoir qu’elle me comprenne.
— À mon « âge », on se pisse dessus, on n’a plus de dents, et on est soumis au bon vouloir des soignants pour manger, dormir, se laver. Alors la honte, on ne sait plus ce que ça veut dire. Sinon, je peux vous assurer qu’il y aurait davantage de suicides chez les vieux. Moi, tout ce que je demandais, c’était de l’oublier, cet « âge » qui vous obsède tant.

On est arrivés au poste.

Je n’ai pas d’autre choix que de décliner mon identité et d’indiquer l’adresse de ma maison de retraite. Un salarié des Nymphéas viendra me chercher d’ici une heure ou deux. En attendant, me voilà en garde à vue : un tout jeune agent — peut-être un stagiaire — referme la porte de ma minuscule prison avec des gants en latex, pour éviter de propager le COVID-19.
Je soupire. Je vais me faire passer un savon, je le sais. Mais cela m’est égal.
Je vais chérir le souvenir de cette escapade, le ranger avec tous mes éclats de rire, tous mes amants, tous les rêves que j’ai faits… Toutes ces choses qui appartiennent au passé.

Une larme perle à mes yeux.

— Qu’est-ce qui t’arrive, belle gosse ?
Une voix grave me fait sursauter.
De l’autre côté de la geôle se tient un homme au visage buriné et à l’épaisse tignasse blanche. Grand, une silhouette de bon vivant, un style gentleman-farmer, il doit avoir dans les soixante-dix ans, comme moi. Enfin, je crois. Ce n’est pas facile de donner un âge à quelqu’un qui porte un masque de protection. Ses yeux bruns brillent de malice. Malgré moi, je lui souris.
— La fête est finie, voilà ce qui m’arrive… lâché-je, amère.
Sans vraiment saisir pourquoi, je lui raconte tout. Ma solitude dans la maison de retraite, cette infantilisation constante qui me ronge…
— Mais c’est toi qui as décidé d’aller dans cet établissement, fillette ! Tu les paies tous ces gens, non ? Alors pourquoi tu les laisses te traiter comme cela ?

Je lui explique comment j’ai abdiqué un peu de ma volonté, jour après jour. Acceptant les horaires imposés, jouant le jeu de la vieille fragile, autorisant les autres à me parler d’un ton mielleux, me complaisant dans cette comédie par peur…
— Peur de quoi ? demande-t-il avec douceur.
— Peur de vivre, j’imagine.
— On a toujours peur de vivre, même à vingt ans, belle gosse !
— Oui, mais passé un certain âge, tu as peur de ne plus t’en sortir seule. Le monde va trop vite pour toi, tu ne le comprends plus bien, il est brutal, c’est un manège qui tourne à toute allure et toi tu ne sais plus comment en descendre alors tu attrapes la première main qui se tend. Tu connais forcément ce sentiment.
— Non, je ne connais pas ça, belle gosse.
Je le sens triste pour moi, mais il ne me juge pas, j’en suis certaine.
— Belle gosse, c’est pour te moquer ? demandé-je, soudain nerveuse.
— Belle gosse, c’est parce que tu es une belle gosse. Ça te gêne que je te le dise ?
Mon cœur bat anormalement vite, une bouffée de chaleur me monte au visage. Je ne vais tout de même pas mourir maintenant !
— J’aime bien, articulé-je le souffle court.
— Tant mieux, sourit-il. Je m’appelle Terence.
Quel beau prénom ! Plein de charme et de mystère, à l’image de l’homme assis en face de moi. Terence tire sur son masque pour me saluer à l’ancienne, comme il aurait soulevé un chapeau.
— Et moi Emmanuelle, dis-je, intimidée. Manu.
— Enchanté, Manu. Je te serrerais bien la main, mais il paraît que nous faisons partie de la population à risque. Ce serait dommage de terminer avant même d’avoir commencé…
— Commencé quoi ?

Terence esquisse un sourire. Il a l’œil qui frise.

— Tu le sais aussi bien que moi, non ?
— Si.
Je sens mes joues s’empourprer. Sommes-nous vraiment en train de flirter ? Décidément cette journée est pleine de délicieuses surprises. Pourtant je ne connais rien de cet homme et cette pensée m’inquiète.
— Pourquoi es-tu ici ? demandé-je à brûle-pourpoint.
— Disons que je suis… un mauvais citoyen.
— C’est vague.
— Je t’expliquerai quand nous serons sortis, dit-il en se dirigeant vers la porte de la cellule. Tu n’as rien remarqué, j’imagine ?
— Remarqué quoi ?
— Le gamin, il n’a pas refermé la porte à clé, tout à l’heure.
Je m’étrangle de surprise.
— Quoi ?

Pour illustrer son propos, Terence actionne doucement la poignée et me fait signe de le suivre. Abasourdie, convaincue que nous allons nous faire cueillir, je le suis à pas de loup.

Qui se méfie de deux petits vieux ?

Aucun agent n’a été posté devant notre geôle. Il faut dire que nous représentons une menace toute relative. Nous nous faufilons dans le bâtiment tels des Ninja. C’est ça, le super pouvoir des personnes âgées : elles sont parfaitement invisibles pour les jeunes.

Cinq minutes plus tard, nous nous retrouvons à l’extérieur, libres et pressés de mettre de la distance entre le commissariat et nous. Je reprendrais bien une trottinette, mais mieux vaut ne pas nous faire remarquer et jouer les gâteux. Ce que nous faisons à la perfection.
Nous montons dans le premier bus qui se présente, allons nous asseoir tout au fond, comme des ados rebelles, et enfin la tension se relâche.

Nos regards se croisent, et là, nous partons dans un immense éclat de rire. Pas un de ces petits rires discrets des gens bien comme il faut, non. Un rire rocailleux qui charrie des années de cigarettes pour lui, un rire qui n’en finit pas de grimper dans les aigus pour moi. Nous rions comme des gosses, les larmes aux yeux, en nous tapant sur les cuisses. Nous rions de tout notre être, nous sommes secoués de spasmes qui nous plient en deux. Nous rions et nous rions de plus belle quand nos regards se croisent à nouveau ou que nous parvenons à articuler quelques mots.
— Les cons ! Ils n’avaient pas fermé la porte !
Nous rions depuis des minutes qui nous paraissent une éternité, notre nouvelle éternité, celle que nous ne voulons plus quitter. Nous rions en rêvant nous noyer dans cet océan de joie et d’insouciance que je désespérais de revivre un jour.

Enfin, nous nous calmons un peu. Je ne sais pas qui est cet homme et ce qu’il a fait ni où ce bus nous conduit. Toutes les suppositions sont possibles. Mais ce que je sais, c’est que je ne retourne pas aux Nymphéas.»

À suivre…

 

Bientôt une nouvelle chronique avec un autre personnage. Cela pourra être un drame, une comédie, une romance, de l’horreur… je ne sais pas encore. Mais chaque chronique sera écrite en temps réel, aux prises avec les événements du jour. Vous pouvez d’ores et déjà découvrir l’histoire d’Anne, si vous ne l’avez pas encore lue.

 Si vous avez des suggestions de thèmes, des photos qui pourraient m’inspirer un personnage ou une situation, n’hésitez pas à me les envoyer par mail ! 

 

D’ici là, écrivez-bien et surtout : évadez-vous, mais dans votre tête ! 

 

Vous avez aimé cette nouvelle ? Faites-en profiter vos amis !

Épinglez-la sur Pinterest
et 
Partagez-la par mail ou sur Facebook

 

Chroniques d’un confinement “Manu J+3”

Laisser un commentaire

6 Commentaires
  • virginiejamet37
    mars 20, 2020

    Je me suis laissée prendre au piège !
    Merci pour ce nouveau personnage Ingrid.

    • Jeteuse d'encre
      mars 20, 2020

      Merci Virgnie ! (attention au spoiler 😉 )

    • laplumedelulu
      mars 20, 2020

      Wooohhh Ingrid. Encore une fois . J’ai succombé à ta plume. Merci pour le tour en trottinette, cheveux au vent. 😉😘🙏

      • Jeteuse d'encre
        mars 20, 2020

        merci 🙂 je me suis bien amusée en l’écrivant !

  • Valerie Mercier
    mars 20, 2020

    Anne était pas mal, mais j’aime bien Manu aussi !
    Vraiment, merci beaucoup, Ingrid, ces petites histoires sont une bouffée de bonheur dans mon quotidien !
    J’attends les suites avec une grande impatience !
    😊😘😍

    • Jeteuse d'encre
      mars 23, 2020

      À suivre, alors ! 🙂

Précédent
Chroniques d’un confinement “Anne, J-1”
Chroniques d’un confinement “Manu J+3”