Si le confinement m’était conté

Ce qui, à mon sens, fait la qualité d’un roman au-delà de l’intrigue elle-même, c’est le message qu’il délivre en filigrane, ce qu’il dit des individus, de leurs peurs et de leurs rêves. Depuis plusieurs semaines, nous vivons une expérience hors du commun, qu’aucun de nous ne pensait connaître un jour. Nous avons découvert un quotidien digne d’un roman de science-fiction, ou d’un thriller médical. Dans mes ateliers d’écriture, j’aime évoquer la trajectoire des personnages, leur évolution au fil de l’intrigue, des épreuves auxquelles ils font face. Si ces dernières semaines étaient les pages d’un roman, quelle serait la trajectoire de son personnage principal ?

Du confinement à la déconfiture ?

Pour schématiser à la machette, disons que toute histoire se compose d’une situation initiale, d’un élément déclencheur, d’une crise, d’un climax et d’une résolution. Mais il n’y a pas de bonne intrigue sans bon personnage… 

J’imagine un héros ordinaire — appelons-le Johnny — menant une vie insouciante faite d’un travail qu’il aime plus ou moins, de galères, de coups de cœur, de restos, d’achats raisonnés ou compulsifs, de la liberté de se mouvoir ou d’accéder à des loisirs si son portefeuille le permet. Il est dans la force de l’âge et se dit qu’il a bien le temps de penser aux ennuis de santé qu’il aura dans trente ans ou aux conséquences de la surexploitation du vivant par l’humain. Johnny se sent fort, dans son bon droit, et estime qu’il peut courir le monde après son destin comme un cheval sauvage si ça lui chante (oui, j’ai revu Dirty dancing pendant le confinement).

Bref.

Surgit l’élément déclencheur qui va tout faire basculer : l’apparition du COVID-19, un ennemi invisible qui frappe fort, souvent, et peut s’avérer fatal. Si Johnny passe d’abord par une phase de déni, où il refuse d’embrasser son destin, notre héros finit par saisir le danger qui plane sur lui à cause de « l’autre » et sur l’autre à cause de lui.

C’est la crise. Il se cloître dans son appartement, achète de quoi tenir un siège de pâtes et de PQ, ne sort plus sans son masque ni sans faire un écart d’un mètre trente quand il croise quelqu’un. Privé de sa liberté, il déprime, noie sa peur dans l’alcool, la junk-food, les séries. Pourquoi réagit-il ainsi ? Parce qu’il s’ennuie. Parce que, face à lui-même, il constate la vacuité de son existence et se demande où est passé l’enfant, l’ado rêveur qui se projetait dans un roman d’aventure.

Et puis, il a un sursaut, un déclic. Il saisit que tout ce temps peut s’avérer une occasion en or de changer, de se rapprocher de ceux qu’il aime, de ses passions, de lui-même. Il comprend qu’il n’a pas à être confiné à une tâche, un mode de fonctionnement si ce dernier le rend malheureux.

Johnny commence à évoluer. Il se déconfine psychologiquement, affectivement. Il constate qui sont ses vrais amis, ceux qui ont pris de ses nouvelles, ceux qu’il a eu envie de contacter. Il découvre la joie de faire son propre pain, même si c’est un peu con parce que le boulanger au coin de la rue est toujours ouvert. Il se dit qu’il pourrait apprendre la poterie, le roumain, à marcher sur les mains. Il se dit qu’il pourrait aussi vivre, tout simplement. Être. Être bien. Qu’il a le droit de n’avoir envie de rien, de vouloir changer tout. Que ce n’est pas un drame s’il prend du poids, ne se rase pas, se couche à trois heures du matin. Après tout, la plupart des injonctions ne servent à rien. En ne voyant plus les autres, c’est lui qu’il découvre. Et quand arrive le 11 mai, il appréhende de se perdre à nouveau, de se noyer dans la masse, dans la routine, dans toutes ces choses qui l’ont éloigné de lui-même. La menace est toujours là, pourtant on l’extirpe de ce refuge qu’il avait pris pour une prison. Johnny est déphasé, il reste prudent, garde en tête les promesses qu’il s’est faites à lui-même.

Que va-t-il advenir de notre héros ? Va-t-il vraiment changer de vie, ou bien retourner à sa routine brutale ? Va-t-il passer entre les gouttes grâce à son masque, attraper la maladie et se remettre, ou bien va-t-il en mourir ? Seul le démiurge de cette histoire le sait et tient la vie de Johnny entre ses mains gantées de latex.

Mais ce n’est pas l’essence de notre histoire. Ce qui importe, c’est la trajectoire de Johnny, ses prises de conscience, sa volonté d’infléchir son propre destin, ce qu’il aura mis en mouvement avant la fin.

Et c’est le cas pour chacun d’entre nous. Johnny, Ingrid, Marie, Justine, Grégor… TOI. (oui, TOI qui me lis)

Qu’est-ce qui TE confine, T’empêche, TE retient ? À l’heure du déconfinement (prudemment, s’il te plaît) quel bilan peux-tu dresser ? Qu’est-ce qui est important, essentiel pour ton bonheur ? De quoi n’as-tu plus besoin ?

Nous rêvons tous d’un « monde de demain » parfait, respectueux, harmonieux, débarrassé des vices de l’humanité. Mais pour y parvenir, je crois qu’il est nécessaire que chacun d’entre nous se libère de ce qui le corrompt, l’emprisonne, l’étouffe. Alors, déconfinons nos esprits, nos rêves, nos cœurs. Pour qu’avant le mot fin, notre histoire soit merveilleuse.

À vous de jouer !

J’espère que cette chronique vous a plu et, qui sait, vous aura fait réfléchir à votre propre trajectoire ! N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que cette période a suscité chez vous.

J’envisage de lancer un atelier d’écriture à distance qui aura pour thème cette étrange période. L’idée est de solliciter ses pensées, émotions, expériences… dans un bel exercice de création littéraire mais aussi un acte très libérateur. Ce sera probablement en juillet, mais je peux envisager d’autres sessions en fonction des demandes. Si vous êtes intéressés, faites-le moi savoir ici

Et bien sûr, je compte sur vous pour partager l’article sur vos réseaux sociaux, et pour encourager vos amis à s’abonner à ma Newsletter ! 

Ce texte a préalablement été publié sous le titre “Déconfinons-nous” sur BePolar.fr

Si le confinement m’était conté

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9 Commentaires
  • Valerie Mercier
    mai 19, 2020

    Merci !
    Ça résume parfaitement la situation, malheureusement.
    Pour ma part, je n’ai pas vraiment été confinée complètement, puisque je travaillais (il est très difficile de contrôler des instruments de mesure à domicile 😁), avec des horaires décalés (j’avais donc mes après midi libres pour tricoter, coudre ou lire !), un mari dépressif à la maison (lui fut confiné et sa copine “dépression” s’est tout naturellement rappelée à lui !) et des enfants plus ou moins loin (Je suis dans le loir-et-cher, mon fils était à biarritz, ma fille est à Tours).
    J’étais donc confinée le week-end. D’un naturel casanier, ça ne m’a pas dérangée outre mesure ! Il me manquait juste mes samedi après midi “tricothé” avec une amie, dans la boutique d’une autre amie…
    Non, j’ai très bien vécu ce confinement !
    C’est plutôt le déconfinement que je vis mal… plein de mauvaises nouvelles depuis, cette vie masquée qui m’horripile, moi qui suis malentendante (et appareillée depuis 18 mois) et lit un peu sur les lèvres, c’est carrément l’enfer…
    Les gestes barrières, que je suis le plus scrupuleusement possible, m’enlève ma joie de faire les boutiques comme “avant”. C’est simple : je n’ai plus goût à la flânerie…
    Je me morfonds et me confine encore plus depuis le déconfinement !
    Cette nouvelle vie m’attriste, ce n’est pas de la peur, non (des autres peut être un peu, pas du virus…), simplement de la tristesse et du regret…
    Nous ne vivrons plus jamais comme avant… J’avais déjà à l’esprit de quitter cette vie si je perdais mes capacités motrices et si je ne pouvais plus m’adonner à mes passions, je me demande sincerement si ça vaut le coup, même, de tenir jusque là…
    Pour certains, le confinement aura été douloureux, ou révélateur, compliqué ou bénéfique… rien de tout cela chez moi : il fût, simplement…
    Désolée de ne pas faire montre d’un enthousiasme débordant, chacun son ressenti…
    Merci en tout cas pour cette petite bafouille !
    Amitiés 😘

    • David CHARLIER
      mai 19, 2020

      Oh punaise que je comprends ! Je suis malentendant aussi et bon sang que je n’ai jamais autant galéré que depuis que le monde est masqué… je ne comprends rien à ce qu’on me dit. Si en plus il y a un plexiglas pour ajouter un obstacle, c’est impossible.

      • Boclet Chantal
        mai 19, 2020

        Le problème du masque pour les malentendant est un frein brutal dans les relations aux autres….Alors avis à tous les inventeurs que la terre portent…Inventez un masque transparent couleur chair et si possible biodégradable car notre mère la Terre n’a pas fini d’en baver avec la pollution qu’engendre les masques à usage unique utilisés par des humains irrespectueux !

  • virginiejamet37
    mai 19, 2020

    On a tous en nous un peu de Johnny je pense. Confiné ou pas j’ai bien l’impression que le plus dur à digérer c’est belle et bien le déconfinement. Toutes ces incertitudes qui se cachent derrière ce mot.
    L’insouciance m’a depuis bien longtemps quittée mais là c’est à la limite de l’agoraphobie que je me trouve. Je ne sais si c’est le virus en lui même ou si ce flot de personnes qui m’effraie.
    Pour le moment je reste confinée le plus possible et j’attends. Le temps fera sûrement son travail et je reprendrai confiance petit à petit.
    Très beau texte Ingrid

    • Ivan Duchauffour
      mai 19, 2020

      Le problème du “déconfinement”, c’est qu’on peut réaliser qu’on était pas si mal confiné. C’est mon cas.
      Pour moi qui suis seul, ça a été l’occasion de plus me focaliser sur mes passions, et bizarrement de plus prêter attention à mon entourage.
      En vrai j’aurai très bien vécu ce confinement sans la perte d’un proche. Une perte qui change tout dans la perception du confinement.

      Pour d’autres, avec conjoints, enfants cela était forcément différent.
      Il y aura forcément une multitude d’histoires à écrire sur ce confinement, et “déconfinement”. 🙂
      Très beau texte 🙂

  • Loïc
    mai 20, 2020

    Heureux de te retrouver 😊

    Pour répondre, outre le fait d’avoir le sentiment d’être passé à côté (longtemps au chômage avant, employé pendant et en congés depuis le déconfinement avant un nouveau chômage prévu pour juin), ça reste une période très particulière qui se poursuit… Du coup “ça” à suscité et suscite encore boucoup, des questions bien sûr mais aussi un certain confort, des inquiétudes aussi. Est-ce qu’il existe des inquiétudes confortables 🤔…

    Bref, je manque de recul encore mais je me sens plus à l’aise à imaginer des fictions, comme un petit village isolé dont les antennes relais défaillantes font qu’ils restent confinés alors que le monde d’après a repris mais ça c’est Underground de Kusturica et je mettrai ma main à couper que Dany Boon et Franck Dubosc sont déjà sur le coup d’une comédie sur ce pitch. Ou l’histoire d’un hypocondriaque en confinement (finalement il devrait y avoir plein de comédie sur le sujet 🙄).

    Le confinement ça a été aussi une lueur d’espoir pour beaucoup, que le monde changerait après mais là aussi mon manque d’optimisme m’aura fait passer à côté. Bref, je continue à être en phase d’observation il me semble 🤷‍♂️

  • Boclet Chantal
    mai 21, 2020

    Il était une fois une histoire inimaginable : je suis tombée en confinement, oui oui j’ai bien écris tombée car ce confinement était incroyable voire invraisemblable pour moi comme lorsque je suis tombée et me suis retrouvée avec un poignet cassé abasourdie je regardais mon poignet sans comprendre comment cela était arrivé (d’ailleurs je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi je suis tombée mais bon c’est un autre histoire ) …

    Comment le gouvernement confine la France entière comme au moyen âge ! M’enfin nous sommes au XXIème siècle!

    Bon en fait je ne suis pas surprise et le confinement pour moi n’est pas un problème, en fait je m’auto-confine régulièrement et n’ai pas besoin de virus pour m’isoler des humains..Je suis bien en confinement, calme, tranquille, je n’entends pas les pensées des gens qui m’entourent ça me repose, je ne suis pas obligée d’élever des murs autour de moi quelle liberté…

    Mais là au début du confinement je suis en colère, très très en colère…

    Cette crise a été prise à la légère beaucoup trop à la légère par les autorités dites responsables et constatant les manques de masques, de gels, de pailles, de tests, de respirateurs, de surblouses, de lunettes, de personnels, de lits dans tous les hôpitaux de France et de Navarre ils ont décidé de confiner pour essayer de limiter la casse.
    Pas de bicyclette, pas de course à pieds, par de marches à plus d’un km de chez soi, pas de balade en bord de mer ni en montagne , pas de balade en forêts, fermeture des parcs et jardins publics, fermeture des commerces dits non essentiels.
    Nous sommes en guerre dit le président (heureusement que non elle était perdue dès le départ oups) puis nous sommes en paix (ouf nous voilà rassurés).
    La fièvre les prend, ils sont en transe, ils limitent, ils prennent des mesures puis des contre mesures, ils contrôlent, ils censurent, ils expertisent !
    Ils infantilisent, ils culpabilisent…
    Tous ça pourquoi? Pour masquer (oui là y’a des masques) leurs manques…

    Alors je suis en colère et j’écris pensant me défouler j’écris :
    Des centaines sont morts d’autres sont blessés à jamais abattus par la tempête de l’incurie
    Et les oiseaux du ciel poussent le même cri d’effroi face à cette folie
    C’était hier le soir ils étaient là ils goûtaient un peu de bonheur ils construisaient ou finissaient leurs vies
    Ce matin le soleil est monté monté dans un ciel froid gris défraichit
    L’aube savait qu’elle ne verrait plus leurs sourires leurs beautés la force de leurs bras levés dans la clarté éblouie
    Et d’autres parlent et disent que l’on gagne sur lui
    C’étaient eux des hommes des femmes peut-être des enfants je ne sais pas ils étaient là croquant à pleine dents leurs vies
    J’imagine que chaque jour ils défiaient la pluie le vent les éléments déchainés en furie
    Ils vivaient comme on peut vivre avec des peurs avec des peines avec des joies avec des projets non aboutis
    Ils n’ont pas pu concevoir les mensonges des maudits
    Impossible se sont-ils sans doute dit
    L’aurore est venue le vent qui avait lutté pour les réanimer s’est apaisé
    La noire monstruosité de la nuit a fait place au silence atterré du jour levé
    Combien sont tombés
    Combien se sont réveillés
    Suis-je vivant
    Pourquoi suis-je vivant
    Mon dieu je suis encore vivant
    Le vent essaie de se faire brise douceur de caresser les corps meurtris
    Méprisables misérables maudits vous avez tué semé l’horreur brisé des vies
    Vous avez même détruit ce que vous aimiez le plus l’économie de votre pays
    Acharnés que vous étiez à courir après votre argent béni vous avez détruit les vivants
    Vous avez fait des mourants
    Et vous continuez de mentir pensant masquer vos négligences vos oublis
    Mais les tombes fraichement creusées sont là réelles regardez les voici le grand œuvre de votre inertie
    Des centaines sont morts d’autres sont blessés à jamais abattus par la tempête de l’incurie
    Et les oiseaux du ciel poussent le même cri d’effroi face à cette folie

    mais je suis toujours en colère, alors je respire lentement et me reviennent en mémoire les séances d’hypnothérapie…

    Voilà, voilà c’est mieux l’oppression de la cage thoracique se relâche et les jours passent au rythme des lectures et des rêveries qui les accompagnent, elles m’emmènent vers l’ailleurs, mon ailleurs, mon jardin secret…

    Et donc ce confinement n’a été qu’une sombre foutaise basée sur des mensonges uniquement rendu nécessaire par l’incurie de nos gouvernants qui pourtant savaient bien avant le mois de Mars mais qui n’ont rien fait ..ils connaissaient l’état lamentable de nos hôpitaux, ils n’étaient pas sans ignorer le manque de matériels, de personnels, de lits…

    ils nous ont dit tout et leur contraire…Gouverner c’est prévoir..

    Et puis voilà le déconfinement, un mot qui n’existe pas, un mot inventé ça j’adore…

    Ben pour moi je ne vois pas la différence ah si je n’ai plus à faire ces saloperies d’attestations pour sortir le chien !

    Mais d’après ce que j’ai compris, tout le monde reprend ses activités mais à moitié seulement et un peu moins pour ceux qui sont dans le rouge…Oups

    Ah j’ai oublié les courses en mode commando, alors là confinement ou déconfinement c’est du pareil au même !

    Sacré Covid 19 ! au fait tu es de quel genre ? Masculin ou Féminin ? ….

    Quant à l’après c’est un autre histoire…..

    • Boclet Chantal
      mai 21, 2020

      Post-scriptum, j’aime bien ce mot :

      La colère que j’éprouvais était d’une violence sans nom…
      Les mots écrits aussi, en voilà un autre aperçu:

      Putain de vie
      Déchirée par le souffle putride de la haine
      Derrière les lambeaux de palissade le terrain vague
      Et hurle les âmes lacérées déchiquetées
      Loques sanguinolentes errantes sur le fil pendant brisé
      Epaves égarées au milieu de l’assourdissant vide du bruit de vie

      Putain de vie
      Et Dieu et le Diable dansent sur les morceaux de corps
      Dans leurs mains des grands calices dégoulinants de pourpre et d’or
      Ils pleurent ils rient
      Ils trinquent à la belle moisson des morts

      Putain de vie
      Saleté de réalité de mémoire broyée
      Tétanisée figée sur la rouge minute caillée

      Putain de vie
      Sales hypocrites je crache sur vos mensonges sanglants
      Votre Dieu argent acharné à nous maintenir sous son joug paralysant

      Putain de vie
      Je vous exècre force de régression
      Vous qui ordonnez le carnage des corps
      Et manipulez la torture des esprits en perdition
      Je vous vomis force de progression
      Vous qui permettez l’immonde entretenant l’extrême confusion
      Et désinformez les pensées par sponsor

      Putain de vie
      Ou le rouge symbole de vie
      N’est plus que couleur de mort
      Putain de vie

      Heureusement ça va mieux…La colère peut-être libératrice mais elle peut aussi être destructrice et là c’était le cas…

      Allez bon déconfinement, faites attention à vous et prenez soins de vous….

  • Jean Zobenbuhler
    mai 27, 2020

    Bonsoir Ingrid,
    Merci de vous donner tout ce mal. Votre blog est fort bien conçu et surtout “ donne envie ”
    Beaucoup se reconnaîtront dans le personnage de Johnny, de toute évidence.
    Pour ma part, le recul me manque pour évoquer une période fraîchement révolue, même si nous sommes déjà entrés dans une autre “temporalité”
    Cependant, la première chose qui me vient à l’esprit est cette injonction présidentielle Infantilisante des premiers jours “à nous laver les mains” : Lorsque l’on songe aux grandes figures de l’histoire des idées politiques, on ressent obligatoirement le côté cocasse de la situation sans vouloir offenser toutefois tous ceux et
    celles qui ont souffert de cette maudite
    pandémie. .
    Mais l’essentiel est ailleurs. Ce que j’ai ressenti, je le décline en deux notions-perceptions:
    La première a trait à la liberté.
    La liberté a probablement deux dimensions:
    L’espace et le temps.
    Nous avons ainsi été privés d’espace ( confinement) et avons bénéficié d’une liberté de temps inégalable, impensable, ce qui à mon sens a rendu cette période ahurissante, étrange ( presque au sens suspect du terme) et à la fois passionnante lorsqu’on y songe. Nous avons pu jouir impunément de notre temps, sans culpabilité, sans tiraillement entre les divers champs du possible( plus aucun choix stratégique et conséquent à effectuer)
    Et ça c’est historique, ce temps qui nous est offert et son contenu (“ jouissez, cultivez-vous, lisez des livres, écoutez de la musique, regardez des
    séries, et de manière indicible, faites des apéros interminables”)
    Or, si l’on songe au conditionnement que nous subissons dès le plus jeune âge( respect des horaires, école, travail, vie en société), ce que nous venons de vivre va à l’encontre de tout ce qui nous a été jusqu’ici martelé.
    Inimaginable, à moins que le chaos du monde soit tel, qu’il faille désormais envisager l’impensable dans ce virage historique.
    Ce qui m’amène tout naturellement à évoquer brièvement la seconde notion que je mentionnais plus haut, et qui se réfère à une forme d’humanisme.
    Partager comme jamais de longs moments avec ses proches, apprendre réellement à vivre avec eux dans le respect de chacun, voire, les redécouvrir.
    Et pour conclure, l’idée suprême et idéaliste qui consiste à se dire que pour une fois, tout le monde, tous les êtres, pensent à la même chose dans cette périodicité commune, tous les regards sont tournés dans la même direction, et qu’enfin l’Egalité entre tous à été tutoyée.
    Même si tout cela, je n’ai aucune illusion là-dessus, n’aura duré qu’un temps.

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